Pourquoi je tombe toujours sur la même personne : les schémas répétitifs
- Eve Maes

- il y a 1 jour
- 7 min de lecture
Vous avez changé de partenaire. Vous avez même pris le temps d'être seul(e). Et pourtant, quelques mois plus tard, la même douleur, les mêmes disputes, la même sensation d'être invisible ou trop peu. Si vous vous reconnaissez, cet article est pour vous.

Le premier avait des crises de jalousie. Le deuxième était froid, distant, difficile à atteindre. Le troisième semblait parfait au début, mais quelques semaines plus tard, vous vous retrouviez à nouveau à douter de vous, à vous expliquer, à marcher sur des œufs.
Trois personnes différentes. Trois histoires différentes. Et pourtant, la même souffrance.
Vous avez peut-être pensé : "Je n'ai pas de chance", ou "Tous les hommes sont pareils", ou "Quelque chose cloche chez moi." Aucune de ces réponses n'est vraiment juste. Mais la troisième s'approche d'une vérité qu'il est possible de transformer si on comprend ce qui se passe vraiment.
"Ce n'est pas que vous choisissez mal. C'est que vous choisissez de manière cohérente avec ce que vous avez appris à reconnaître comme de l'amour."
Ce que vos relations répètent n'est pas une malchance : c'est un programme
En psychologie, on appelle cela un schéma relationnel précoce. Ce sont des convictions profondes, souvent inconscientes, que nous avons construites sur nous-mêmes et sur les autres dès l'enfance, en observant comment fonctionne le lien affectif dans notre famille.
Ces schémas agissent comme un filtre invisible. Ils influencent qui attire votre attention, qui vous semble "magnétique", vers qui vous vous sentez pousser sans trop savoir pourquoi.
Si vous avez grandi dans un environnement où l'amour était imprévisible parfois chaleureux, parfois absent vous avez appris que l'amour, c'est quelque chose qu'on doit mériter, conquérir, garder à tout prix. Et votre système nerveux a encodé cette tension comme quelque chose de familier. Quelque chose qui "ressemble à l'amour".
CE QUE DIT LA RECHERCHE
John Bowlby & Mary Ainsworth ont établi dès les années 60–70 les bases de la théorie de l'attachement, décrivant comment nos premiers liens créent un "modèle opérant interne" qui guide nos comportements affectifs à l'âge adulte. Des recherches plus récentes (Stan Tatkin, 2022) montrent que les schémas d'attachement anxieux ou évitant se réactivent quasi automatiquement dans les relations intimes, souvent en quelques secondes, par des mécanismes neurobiologiques profonds. Ce n'est pas un choix conscient. C'est un câblage.

Pourquoi la "chimie" est parfois un signal d'alarme
Vous savez cette sensation de "wow, je n'avais jamais ressenti ça" au début d'une relation ? Cette intensité, cette fébrilité, ce sentiment que cette personne vous "comprend" comme jamais ?
Dans certains cas, c'est magnifique. Dans d'autres, c'est votre système d'attachement blessé qui reconnaît un partenaire de danse familier. L'intensité du début n'est pas toujours signe que c'est bien. Parfois, elle signale simplement que c'est connu.
EXEMPLE · SOPHIE, 34 ANS
Sophie a grandi avec un père aimant mais souvent absent, émotionnellement peu disponible. Elle a appris très tôt à "ne pas déranger", à minimiser ses besoins pour ne pas surcharger l'autre. Aujourd'hui, les hommes "sûrs", attentifs, stables la laissent froide "trop facile", dit-elle. Mais les hommes charismatiques, un peu fuyants, qui "ont besoin d'elle mais gardent leurs distances" ? Là, elle sent la flamme. Le problème : cette flamme, c'est de l'anxiété d'attachement habillée en passion.
La tentative de solution qui entretient le problème
En approche systémique de Palo Alto, on s'intéresse particulièrement à ce qu'on appelle les tentatives de solutions répétitives c'est-à-dire ce que vous faites pour tenter de résoudre un problème, et qui, paradoxalement, maintient ce problème en place.
Dans le contexte des schémas amoureux, ces tentatives sont souvent très prévisibles.
1
Vous vous effacez pour ne pas faire fuir l'autre
Résultat : vous attirez des partenaires qui ne vous voient pas vraiment, et confirmez la croyance que vous n'êtes "pas assez" pour être choisie telle que vous êtes.
2
Vous faites tout pour "sauver" l'autre, réparer, aider
Résultat : vous vous retrouvez dans des relations déséquilibrées où vous donnez beaucoup plus que vous ne recevez, et où l'autre ne prend jamais réellement sa place.
3
Vous choisissez les personnes "difficiles" pour prouver votre valeur
Résultat : votre estime de soi dépend de l'approbation d'une personne qui est structurellement incapable de vous la donner.
4
Vous rompez, puis recommencez le même cycle avec quelqu'un d'autre
Résultat : rien ne change, parce que le schéma n'a pas été touché. Seul le prénom a changé.
Ce n'est pas un défaut de caractère. C'est la logique d'un système. Et les systèmes, ça se comprend et ça se modifie.

Pourquoi "travailler sur soi" seul ne suffit pas toujours
Vous avez peut-être déjà lu des livres sur la dépendance affective. Regardé des vidéos sur l'attachement anxieux. Tenu un journal. Tout ça est utile. Mais si vous avez l'impression de comprendre intellectuellement ce qui se passe sans que rien ne change réellement dans vos choix relationnels, c'est normal.
Parce que les schémas relationnels vivent dans le corps, dans les réflexes émotionnels, dans le système nerveux pas dans la partie du cerveau qui lit des livres.
NEUROSCIENCES · CE QUE ÇA CHANGE
Peter Levine (2024) et d'autres chercheurs en neurobiologie interpersonnelle soulignent que les mémoires relationnelles traumatiques sont stockées dans des structures subcorticales du cerveau hors d'atteinte du seul raisonnement. C'est pourquoi une approche qui travaille sur les émotions en temps réel, les paradoxes relationnels, les micro-comportements concrets, produit des résultats que la seule compréhension intellectuelle n'atteint pas.
EXEMPLE · KÉVIN, 29 ANS
Kévin sait parfaitement qu'il a peur de l'abandon. Il a lu Bowlby, connaît son style d'attachement anxieux, comprend que sa mère était peu disponible. Mais dès que sa compagne ne répond pas à un message dans l'heure, son système nerveux s'emballe. Il sait, mais il ne ressent pas encore la sécurité depuis l'intérieur. Ce qu'il lui faut, c'est une expérience corrective — pas une information supplémentaire.
Comment sortir du schéma : ce qui fonctionne concrètement
Voici des approches issues de la thérapie brève systémique, de l'approche de Palo Alto, et du travail sur l'attachement — concrètes, orientées vers le changement réel.
1. Identifier votre "type" émotionnel, pas physique
La plupart des gens pensent avoir un "type" physique. En réalité, ils ont un type émotionnel : une combinaison de comportements, de dynamiques relationnelles, qui leur est familière. Commencez par vous demander : dans mes relations passées, quelle dynamique se répétait ? Qui avait le pouvoir ? Qui courait après qui ? Qui faisait des efforts ?
2. Tolérer l'inconfort de la sécurité
Quand quelqu'un est gentil, disponible, constant et que ça vous semble "ennuyeux" ce n'est pas un manque de chimie. C'est votre système nerveux qui ne reconnaît pas la sécurité comme excitante. Cette tolérance se travaille, progressivement, en apprenant à distinguer l'attachement sain de la familiarité anxieuse.
3. Agir différemment avant de ressentir différemment
L'approche de Palo Alto propose quelque chose de contre-intuitif : plutôt que d'attendre de "comprendre" pour changer, agir autrement en premier. Même un tout petit geste différent dire non là où vous auriez habituellement cédé, rester avec votre inconfort sans combler le silence, laisser l'autre venir à vous, crée une nouvelle expérience qui recalibre progressivement le système.
"On ne change pas en comprenant mieux le passé. On change en agissant différemment dans le présent même à petite dose."
4. Questions puissantes à vous poser dès maintenant
Quand vous rencontrez quelqu'un qui vous attire intensément : est-ce que cette intensité ressemble à quelque chose que j'ai déjà vécu ? Quand vous vous sentez "accro" à quelqu'un : est-ce que j'aurais ce sentiment si cette personne était constante et disponible ? Quand vous avez envie de vous effacer pour l'autre : qu'est-ce que j'ai peur qu'il se passe si je me montre telle que je suis vraiment ?
EXEMPLE · FAMILLE · LE SCHÉMA QUI SE TRANSMET
Camille, 41 ans, voit sa fille de 19 ans reproduire exactement les mêmes choix amoureux qu'elle. Cela l'oblige à regarder son propre schéma différemment. Ce qu'elle transmet sans le vouloir, ce n'est pas un gène, c'est un modèle relationnel appris, une façon d'être avec l'autre. La bonne nouvelle : ce qui s'apprend peut se désapprendre.
Vous méritez une relation où vous n'avez pas à vous rapetisser En thérapie brève, on ne passe pas des mois à analyser votre passé. On comprend ce qui maintient le schéma aujourd'hui et on agit concrètement pour le modifier, dès les premières séances.
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Questions fréquentes
Pourquoi je tombe toujours sur les mêmes personnes toxiques ?
Parce que votre cerveau a encodé certaines dynamiques relationnelles comme "normales" ou "familières", même lorsqu'elles sont douloureuses. Ce n'est pas un manque de chance ni un défaut — c'est un schéma appris, qui peut être transformé grâce à une approche thérapeutique orientée vers le présent.
Est-ce que je peux changer mes schémas amoureux sans faire des années de thérapie ?
Oui. La thérapie brève de type Palo Alto est précisément conçue pour travailler de façon ciblée et rapide. En travaillant sur ce qui maintient le schéma aujourd'hui et non sur l'intégralité de votre histoire des changements concrets sont possibles en quelques séances.
C'est quoi la dépendance affective exactement ?
La dépendance affective est un état dans lequel votre sentiment de sécurité intérieure dépend de la présence, de l'approbation ou de l'amour d'une autre personne. Elle se manifeste souvent par une peur intense de l'abandon, une tendance à tout faire pour garder l'autre, et une difficulté à vivre avec soi-même quand on est seul(e).
Comment savoir si j'ai un attachement anxieux ?
Quelques signes : vous avez souvent peur que l'autre parte ou ne vous aime plus assez, vous êtes hypersensible aux signaux de froid ou de distance, vous vous retrouvez à "courir après" l'autre, vous vous sentez mieux quand l'autre vous rassure mais le calme ne dure pas longtemps. Une thérapie peut vous aider à identifier votre style d'attachement et à y travailler concrètement.
Peut-on vraiment tomber amoureux différemment après avoir travaillé sur ses schémas ?
Oui et c'est l'un des changements les plus profonds qu'une personne puisse vivre. Quand le schéma évolue, la nature même de ce qui vous attire change. Des personnes stables, disponibles, aimantes cessent de sembler "ennuyeuses" elles commencent à sembler sûres. Et la sécurité, ça se transforme en amour durable.
Eve Maes travaille-t-elle aussi en ligne depuis le Brabant wallon ?
Oui. Eve Maes accompagne des personnes en présentiel en Brabant wallon (Belgique) et propose également des séances en ligne, accessibles depuis toute la Belgique et la francophonie.



